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Les sept questions à poser au cédant sur ses clients

L'audit comptable regarde le passé, l'audit juridique regarde les risques. Personne ne regarde ce qui fera le chiffre d'affaires de l'an prochain. Voici ce qu'on demande, et pourquoi.

L'essentiel

  • Sept questions suffisent à savoir si les clients d'une entreprise resteront après son rachat.
  • La plus utile : « quel client avez-vous perdu ces trois dernières années, et pourquoi ? »
  • Un cédant qui ne connaît pas la marge par client pilote au chiffre d'affaires, ce qui est une information sur l'entreprise.
  • Ces questions se posent en rendez-vous, pas par écrit : la réponse compte autant que l'hésitation.
  • Chaque réponse doit pouvoir se vérifier dans un document. Sinon, c'est un avis.

Dans une reprise, la due diligence est bien outillée sur deux terrains. Le comptable retraite l'EBE, vérifie les stocks, traque les charges non récurrentes. L'avocat examine les baux, les contrats de travail, les garanties données. Les deux font leur travail correctement.

Il reste une zone que personne ne couvre : la mécanique commerciale. Comment cette entreprise trouve des clients, les garde, et combien ça lui coûte. Voici les sept questions qu'on pose, dans cet ordre, et ce que chaque réponse vous apprend vraiment.

1. « Vos dix plus gros clients, depuis combien de temps sont-ils là, et qui les suit ? »

La réponse tient en un tableau. Ce que vous cherchez, c'est le nom qui revient dans la colonne « qui les suit ». Si c'est toujours celui du cédant, la valeur du fonds part avec lui. Si c'est un commercial salarié, votre risque n'a pas disparu, il a changé de nature : il faut alors sécuriser cette personne avant de signer, pas après.

Le signal à guetter : un dirigeant qui répond de tête, sans document. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est la preuve que l'information n'existe que dans sa mémoire.

2. « Quels clients avez-vous perdus ces trois dernières années, et pourquoi ? »

C'est la question qui met mal à l'aise, et c'est la plus utile. Toute entreprise perd des clients. Celle qui prétend le contraire ne les compte pas.

Ce qui vous intéresse, ce n'est pas le nombre, c'est le motif. Perdu sur le prix, perdu sur un problème de qualité, perdu parce que le client a été racheté, perdu parce qu'un concurrent est arrivé avec une offre que vous ne savez pas faire. La dernière réponse est la seule vraiment grave : elle décrit un retard, pas un accident.

3. « Comment sont arrivés vos dix derniers nouveaux clients ? »

Vous cherchez à savoir si l'entreprise possède un mécanisme d'acquisition ou une réputation.

Si les dix réponses sont « il me connaissait », « il a demandé à un confrère », « on s'est croisés au salon », l'acquisition repose entièrement sur le réseau personnel du cédant. Vous n'achetez pas une machine à trouver des clients, vous achetez un carnet d'adresses qui va lentement se refermer.

Si deux ou trois viennent du site web, d'une recommandation formalisée ou d'une campagne, alors il existe un embryon de système. C'est reproductible, donc c'est un actif.

4. « Combien coûte l'obtention d'un nouveau client ? »

La question surprend presque toujours, parce que la réponse n'est nulle part. Elle se reconstitue pourtant : additionnez sur un exercice les dépenses de prospection, la part de salaire commercial consacrée à la chasse, les salons, le budget publicitaire, les outils, et divisez par le nombre de nouveaux clients signés.

Rapportez ensuite ce coût d'acquisition à la marge dégagée par un client sur sa durée de vie moyenne. Si le rapport est inférieur à trois, l'entreprise achète sa croissance au prix fort, et toute accélération commerciale détruira du cash avant d'en créer. C'est exactement ce que vous avez besoin de savoir avant de promettre un plan de croissance à votre banque.

× 3

le rapport minimum entre la marge qu'un client dégage sur sa durée de vie et ce qu'il a coûté à obtenir.

En dessous, l'entreprise achète sa croissance au prix fort : toute accélération commerciale détruira du cash avant d'en créer.

5. « Qui détient vos accès numériques ? »

Le nom de domaine, l'hébergement du site, le compte publicitaire, la fiche d'établissement sur les moteurs, les comptes sociaux, l'export du CRM. Dans une PME sur deux, une partie de ces accès appartient à une agence ou à un ancien prestataire, parfois à un stagiaire parti depuis longtemps.

Ce n'est pas un détail technique. Un nom de domaine déposé au nom de l'agence, c'est un moyen de pression le jour où vous voudrez changer de prestataire. Faites-en une annexe de la garantie d'actif et de passif, avec la liste nominative et la preuve du transfert.

6. « Quelles données avez-vous sur vos clients, et où sont-elles ? »

Vous demandez trois choses : quel système fait foi, quelle est la clé qui permet de rapprocher les systèmes entre eux, et quelles informations existent au-delà du strict nécessaire à la facturation.

Une entreprise qui connaît le secteur, la taille, le contact opérationnel et l'historique d'achat de chacun de ses clients possède une matière exploitable immédiatement. Une entreprise qui n'a qu'une raison sociale et un montant vous laisse trois mois de reconstitution avant la moindre action commerciale ciblée.

Profitez-en pour poser la question du registre des traitements et du recueil des consentements pour les communications commerciales. Ce n'est pas seulement une obligation, c'est ce qui conditionne votre capacité à écrire à votre propre fichier sans risque.

À mettre au contrat

Les accès numériques sont un actif

Nom de domaine, hébergement du site, compte publicitaire, fiche d'établissement, comptes sociaux, export du CRM. Faites-en une annexe de la garantie d'actif et de passif, avec la liste nominative et la preuve du transfert.

7. « Si vous restiez six mois de plus, que feriez-vous en premier ? »

La dernière question ne cherche pas une information, elle cherche une confidence. Un cédant qui a vendu son entreprise a souvent une liste de chantiers qu'il n'a pas menés, par manque d'énergie ou parce qu'il savait qu'il partait.

Cette liste vaut de l'or, parce qu'elle est faite par la seule personne qui connaît vraiment la maison. Notez-la telle quelle. Vous y trouverez presque toujours le premier chantier de vos cent jours.

La dernière question ne cherche pas une information, elle cherche une confidence.

Ce qu'on ferait à votre place

Posez ces questions en deux temps. Les cinq premières par écrit, dans la liste de documents demandés, pour laisser le temps de chercher les réponses. Les deux dernières en face à face, sans document, en fin d'entretien, quand la conversation est détendue.

Et gardez toutes les réponses. Le jour de votre arrivée, elles deviennent votre feuille de route, et six mois plus tard, elles vous diront si l'entreprise que vous avez achetée est bien celle qu'on vous a décrite.


Il y en a une huitième qui manque ? Dites-la, on la testera sur le prochain dossier.

Ce sujet fait partie du guide La due diligence commerciale : ce que le bilan ne dit pas. Côté mission, il relève de le diagnostic.

Écrit par

Sylvain HERVE, associé de TheAgentCie. Vingt ans de conseil auprès de dirigeants, la finance d'abord, le commerce ensuite. Son profil LinkedIn · sa page.

Questions fréquentes

Quelles questions poser au cédant sur ses clients ?
Sept, dans cet ordre : la concentration, l'ancienneté des dix premiers, les clients perdus et le motif, la marge par client, qui détient la relation, ce qui est contractualisé, et ce qui se reconduit tacitement. Chacune doit être vérifiable dans un document.
Quand poser ces questions dans le processus de reprise ?
Après la première marque d'intérêt et avant la lettre d'intention. Trop tôt, elles ferment la porte ; trop tard, elles n'influencent plus le prix.
Que faire si le cédant élude une question ?
Noter l'esquive et la traiter comme un risque à provisionner, pas comme un incident. Une question éludée sur la relation client signale presque toujours une dépendance à une personne.

Trente minutes suffisent à savoir si on peut vous être utile.

Décrivez en trois lignes l'entreprise que vous reprenez ou venez de reprendre. Nous répondons sous deux jours ouvrés, et nous disons aussi quand ce n'est pas pour nous.

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