Les 100 premiers jours · Reprendre
Les 100 premiers jours : l'ordre des priorités commerciales
Tout le monde vous dira de ne rien changer pendant six mois. C'est un bon conseil pour l'organisation, et un mauvais conseil pour le commerce. Voici ce qu'on fait, dans quel ordre, et surtout ce qu'on ne touche pas.
L'essentiel
- Les 100 premiers jours ne servent pas à décider, ils servent à voir.
- Semaine 1 : appeler les dix premiers clients. Aucune analyse ne remplace ces dix appels.
- La faute la plus fréquente est de changer l'outillage avant d'avoir compris le fonctionnement qu'il soutenait.
- Les deux décisions à ne pas prendre avant le mois 3 : refondre le site, et changer de CRM.
- À la fin du trimestre, vous devez savoir d'où vient votre chiffre d'affaires, pas l'avoir augmenté.
Le conseil standard au repreneur tient en une phrase : observez, ne changez rien, laissez passer un cycle complet. Il est juste sur la production, sur les équipes et sur la culture.
Il est dangereux appliqué au commerce, pour une raison simple : pendant ces six mois d'observation, vos dix plus gros clients apprennent que l'entreprise a changé de mains. Ils ne savent pas qui vous êtes. Vos concurrents, eux, le savent très bien, et c'est exactement le moment qu'ils choisissent pour appeler.
Voici l'ordre que nous appliquons.
Semaines 1 à 3 : voir qui paie
Avant toute action, une photographie chiffrée du portefeuille clients. Elle se construit sur un seul fichier, l'export de facturation ligne à ligne sur trois exercices, et elle donne cinq choses : la concentration, la rétention en valeur, la marge réelle par client, la saisonnalité, et la liste des clients dormants.
Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. Dans toute PME, il existe un stock de clients qui ont acheté régulièrement puis ont cessé, sans conflit, sans résiliation, simplement parce que personne ne les a rappelés. Ils représentent souvent entre 10 et 20 % du chiffre d'affaires historique. Ce sont vos prospects les plus qualifiés au monde : ils vous connaissent, ils ont déjà payé, et ils n'ont aucune raison particulière de refuser.
Semaines 2 à 6 : appeler les vingt premiers
En parallèle, et sans attendre la fin de l'analyse. Vous appelez personnellement les vingt premiers clients en valeur. Pas un mailing, pas une lettre d'annonce : un appel, puis une visite pour les dix premiers.
L'objectif n'est pas commercial, il est défensif. Vous leur dites trois choses : qui vous êtes, ce qui ne change pas, et à qui ils s'adressent maintenant. Vous écoutez surtout ce qu'ils vous disent de l'entreprise, qui ne ressemblera pas toujours à ce que le cédant vous a raconté.
C'est l'action au meilleur rendement de vos cent jours, et c'est la seule que personne ne peut faire à votre place.
Semaines 4 à 8 : réparer la mesure
Vous avez maintenant besoin d'un chiffre fiable, et vous avez probablement découvert que quatre chiffres circulent. On pose les définitions, on construit le tableau de passage entre les systèmes, on choisit une clé commune, on automatise le rapprochement.
C'est un chantier d'une semaine de travail effectif, étalé sur un mois. Il ne se voit pas de l'extérieur, il n'excite personne en réunion, et il conditionne toutes les décisions des douze mois suivants.
Dans le même temps, on récupère les accès : nom de domaine, hébergement, comptes publicitaires, fiche d'établissement, CRM. Chaque accès qui reste chez un tiers est une dépendance, et elles se découvrent toujours au plus mauvais moment.
C'est l'action au meilleur rendement de vos cent jours, et c'est la seule que personne ne peut faire à votre place.
Semaines 6 à 12 : rallumer ce qui existe déjà
Ici, la tentation est de lancer quelque chose de neuf : un nouveau site, une campagne, une offre. C'est presque toujours une erreur à ce stade, parce que vous n'avez pas encore la mesure qui vous dira si ça marche.
Ce qu'on fait à la place, c'est réactiver l'existant, dans cet ordre de rendement décroissant :
Les clients dormants. Une séquence de reprise de contact, personnalisée par segment, avec un motif d'appel crédible. Le taux de réponse sur ce type de fichier est sans commune mesure avec de la prospection froide.
Les devis sans suite. Toute PME a un stock de propositions envoyées et jamais relancées. Six mois plus tard, une partie du besoin existe toujours. Une relance méthodique sur douze mois de devis perdus rapporte davantage, et plus vite, que n'importe quelle campagne.
Les clients mono-produit. Ceux qui achètent une seule de vos gammes alors qu'ils pourraient en acheter trois. C'est de la vente croisée, c'est le chemin le plus court vers de la marge additionnelle, et ça ne demande aucun nouveau client.
Le calendrier
Les quatre séquences, et leur recouvrement
- Semaines 1 à 3, voir qui paie : concentration, rétention en valeur, marge réelle, saisonnalité, clients dormants.
- Semaines 2 à 6, appeler personnellement les vingt premiers clients, sans attendre la fin de l'analyse.
- Semaines 4 à 8, réparer la mesure : des définitions, une clé commune, un rapprochement automatique.
- Semaines 6 à 12, rallumer l'existant : clients dormants, devis sans suite, clients mono-produit.
- La règle d'ordre : on mesure avant d'agir, on appelle avant de mesurer.
Ce qu'on ne touche pas avant un an
Les prix. Une hausse tarifaire dans les six premiers mois vous attribue personnellement toute la responsabilité de la décision, au moment précis où votre légitimité est la plus faible.
L'équipe commerciale. Sauf faute grave. Vous avez besoin d'une saison complète pour distinguer le commercial médiocre du commercial mal outillé, et vous vous tromperez si vous tranchez au troisième mois.
Le nom, le logo, le site. L'identité rassure les clients pendant la transition. On la change quand on a quelque chose de nouveau à dire, pas pour marquer son territoire.
Le tableau de bord de la fin du trimestre
À la fin des cent jours, vous devriez tenir cinq chiffres sur une seule page, et pouvoir les lire chaque lundi matin.
Le chiffre d'affaires facturé du mois, comparé au même mois de l'an dernier. La part des dix premiers clients. Le nombre de clients actifs sur douze mois glissants. Le montant des devis en cours et leur âge moyen. Le nombre de clients réactivés.
Cinq chiffres, une page. Si votre tableau de bord en compte trente, personne ne le regardera, vous le premier.
chiffres sur une seule page, lus chaque lundi matin.
Le chiffre d'affaires facturé du mois comparé à l'an dernier, la part des dix premiers clients, le nombre de clients actifs sur douze mois glissants, le montant et l'âge des devis en cours, le nombre de clients réactivés. Un tableau de bord qui en compte trente ne se regarde pas.
Ce qu'on ferait à votre place
Retenez surtout la règle d'ordre : on mesure avant d'agir, on appelle avant de mesurer. L'appel aux vingt premiers clients ne dépend d'aucun chantier, ne coûte rien, et protège la part du chiffre d'affaires la plus exposée. Tout le reste peut attendre trois semaines de plus.
Vous en êtes à quel jour ? Si c'est encore devant vous, la liste des vingt premiers clients est le seul document à préparer avant de signer.
Ce sujet fait partie du guide Reprendre une entreprise : les étapes, et celle que tout le monde saute. Côté mission, il relève de le diagnostic.
Écrit par
Sylvain HERVE, associé de TheAgentCie. Vingt ans de conseil auprès de dirigeants, la finance d'abord, le commerce ensuite. Son profil LinkedIn · sa page.