Une fois que ça tourne · Piloter ses chiffres
La réunion du lundi, sur une page
Cinq chiffres suffisent à piloter le commerce d'une PME. Le reste est de la documentation. Voici lesquels, d'où ils sortent, et ce qu'on en fait en vingt minutes.
L'essentiel
- Cinq chiffres suffisent à piloter le commerce d'une PME : demandes entrées, devis sortis, délai de réponse, devis signés, affaires en attente d'une décision.
- Le délai moyen de réponse est le plus négligé et le plus prédictif : le premier qui répond part avec un avantage qu'aucun argument ne rattrape.
- Aucun de ces chiffres ne demande un outil nouveau : ils existent tous, dispersés. Le travail est de les rassembler, pas de les mesurer.
- Une page à quinze indicateurs n'est plus lue au bout d'un mois. Si un chiffre entre, un autre sort.
- Quand tout le monde lit le même chiffre, la conversation cesse de porter sur qui a raison et se met à porter sur quoi faire.
Dans la plupart des PME, la réunion commerciale du lundi ressemble à ceci : on fait le tour de table, chacun raconte sa semaine, le dirigeant pose des questions, personne n'a les mêmes chiffres, et la réunion se termine sur une impression plutôt que sur une décision.
Ce n'est pas un problème de discipline. C'est que rien n'a été préparé, parce que préparer demandait de reconstituer les chiffres à la main, et que personne n'avait le temps.
Une réunion utile tient sur une page, elle dure vingt minutes, et elle repose sur cinq chiffres. Pas six.
Les cinq chiffres
Un. Les demandes entrées cette semaine. Toutes sources confondues : formulaire, téléphone, recommandation, salon. C'est le seul indicateur qui vous prévient d'un problème avant qu'il soit dans le chiffre d'affaires. Une semaine à zéro n'est rien. Trois de suite sont un signal.
Deux. Les devis sortis, et leur montant. Ce que vous avez effectivement proposé. L'écart entre les demandes entrées et les devis sortis mesure votre capacité à répondre, et c'est souvent là que se perd le plus de chiffre d'affaires, sans que personne s'en aperçoive.
Trois. Le délai moyen de réponse. Entre la demande et le devis. C'est le chiffre le plus négligé et le plus prédictif : sur un marché où trois fournisseurs sont consultés, le premier qui répond part avec un avantage qu'aucun argument ne rattrape.
Quatre. Les devis signés, en nombre et en montant. Le taux de transformation se déduit des deux, mais gardez les deux : un taux qui monte pendant que le montant baisse veut dire que vous signez les petites affaires et que vous perdez les grosses.
Cinq. Ce qui attend une action de votre part. Les devis sans réponse depuis plus de quinze jours, les clients qui ont demandé à être rappelés, les affaires bloquées. C'est la seule colonne qui produit des décisions dans la réunion.
demandes entrées, devis sortis, délai de réponse, devis signés, affaires en attente d'une décision.
C'est le socle que nous posons, pas une norme du marché. Il tient sur une page et se lit en vingt minutes, ce qui est la condition pour qu'il soit tenu chaque semaine.
D'où ils sortent, et pourquoi personne ne les a
Aucun de ces cinq chiffres ne demande un outil nouveau. Tous existent déjà, dispersés.
Les demandes entrées sont dans la boîte aux lettres électronique, dans le formulaire du site et sur le carnet de l'accueil. Les devis sont dans le logiciel de gestion. Les signatures sont dans la facturation. Le délai de réponse est la différence entre deux dates que personne n'a jamais soustraites.
Le travail n'est donc pas de mesurer, il est de rassembler. C'est précisément le genre de tâche répétitive, hebdomadaire et sans valeur ajoutée intellectuelle qu'on délègue à une machine : elle relit les sources chaque dimanche soir, calcule les cinq lignes, et dépose la page dans votre messagerie avant le lundi matin.
À partir de là, la réunion ne sert plus à produire les chiffres. Elle sert à décider.
Le travail n'est pas de mesurer. Tous ces chiffres existent déjà, dispersés. Le travail est de les rassembler.
Les trois pièges de la page hebdomadaire
Ajouter des lignes. La tentation est permanente, et elle tue l'outil. Une page à quinze indicateurs n'est plus lue au bout d'un mois. Si un chiffre entre, un autre sort.
Mesurer ce qui ne se décide pas. Le nombre de visiteurs du site n'a sa place que le jour où quelqu'un est prêt à changer quelque chose en fonction de sa valeur. Sinon c'est de la décoration, et la décoration discrédite le reste de la page.
Changer les définitions en cours de route. Une « demande » doit vouloir dire la même chose en janvier et en octobre, sinon la comparaison ne veut plus rien dire. Écrivez les définitions une fois, gardez-les, et notez la date du jour où vous en changez une.
Ce que ça change dans la réunion
Le tour de table disparaît. On ouvre la page, on regarde les cinq lignes, et on ne parle que de ce qui a bougé ou de ce qui attend.
L'effet le plus net n'est pas le gain de temps, même s'il est réel. C'est que la conversation cesse de porter sur qui a raison, et se met à porter sur quoi faire. Quand tout le monde lit le même chiffre, l'énergie passe ailleurs.
Ce qu'on ferait à votre place
Cette semaine, ne construisez rien. Remplissez les cinq lignes à la main, pour la semaine écoulée, même approximativement. L'exercice prend une heure et il vous apprendra deux choses : lesquels de ces chiffres votre entreprise est capable de produire, et lesquels n'existent nulle part.
Ceux qui n'existent nulle part sont, presque toujours, ceux qui expliquent l'écart entre ce que vous vendez et ce que vous pourriez vendre.
Le reste, la mise en place automatique, la lecture hebdomadaire, l'alerte quand un chiffre sort de sa plage, c'est le sujet de la rubrique consacrée au pilotage.
Sur les cinq chiffres, combien seriez-vous capable de sortir, là, pour la semaine dernière ?
Ce sujet fait partie du guide Le tableau de bord commercial d'une PME, et le modèle à copier. Côté mission, il relève de le pilotage.
Écrit par
Sylvain HERVE, associé de TheAgentCie. Vingt ans de conseil auprès de dirigeants, la finance d'abord, le commerce ensuite. Son profil LinkedIn · sa page.